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L'histoire de l'école

Il y a plus d’un siècle, Jules Ferry fondait l’école publique française, une école gratuite, laïque et obligatoire. Pourtant, La naissance de la République se fait difficile : la majorité des français est peu cultivée et une menace de la Restauration règne. L’Eglise a un fort pouvoir à cette époque et influence les populations. A partir de 1880, les républicains essaient d’enraciner une fois pour toute l’idéal démocrate. Cet enracinement passe principalement par les idées véhiculées par l’école. Majoritairement privées, payantes donc discriminatoires (en effet la population paysanne est privée de toute éducation), les rares écoles existantes étaient sous l’emprise de l’Eglise. Les Opportunistes anticléricaux vont donc, dès 1881 instaurer l’école primaire gratuite, obligatoire et laïque. Comment cela a-t-il été possible ?

Evidemment, cet enracinement passe tout d’abord par des lois qui ont considérablement révolutionné le mode d’éducation. Les apports ont été nombreux, mais nous allons ensuite constater que cet enseignement comporte tout de même des limites.

Dès 1881, les Opportunistes, dont la figure principale reste Jules Ferry, se mettent à la lourde tâche de réformer l’école. Ils sont anticléricaux et ont foi en la science, la raison et le progrès (valeurs contraires au dogme catholique). En juin 1881, l’école primaire devient gratuite et obligatoire pour tous les enfants de 7 à 13 ans. L’amorce de la laïcisation des programmes suscite un grand débat. En effet, les cléricaux soulèvent le problème du devenir des morales catholiques, de l’enseignement du latin qui avait, pour les fidèles ignorants, « la vertu perfide des formules magiques », selon Pagnol. Elles seront rendues républicaines par Jules Ferry.

La loi Goblet en octobre 1886 réorganise définitivement les programmes et achève la laïcisation du personnel de l’éducation. Les instituteurs, qualifiés de « hussards noirs » de la République par la population, dispensent un enseignement de base : l’apprentissage de la lecture, de l’écriture  et des nombres : c'est-à-dire apprendre tout ce qu’il n’est pas permis d’ignorer. On enseigne également l’histoire des dates, des leçons de choses et les manuels scolaires d’histoire se développent. Enfin, toute censure instaurée par l’Eglise est abolie. L’importance de l’hygiène est prônée et le port du tablier est obligatoire. Le manuel scolaire le plus utilisé est « Le tour de la France par deux enfants ».

Toutes ces lois ont été instaurées dans le but d’éduquer la population en parallèle avec les idéaux de la III ème République (laïcisation, anticléricalisme…). Même si ces lois comportent des limites, les apports de l’école publique demeurent nombreux.

Les apports de l’école publique sont multiples : l’école a gagné un million d’élèves de 1881 à 1938. En effet, le fait de rendre l’école obligatoire était considéré comme un service rendu à la population et les élèves étaient fiers de se rendre à l’école : la motivation était grande. L’illettrisme a donc considérablement diminué à partir des années 1880.En vingt ans, il a diminué de 16 % parmi les soldats. De plus, l’école est avant tout sanctifiée par l’instruction. Les deux valeurs fondamentales prônées sont la libération de l’homme et l’égalité intellectuelle. Mais surtout, les Républicains ont atteint leur objectif principal : installer définitivement le régime républicain. En 1914, personne ne remet plus en cause le système politique. Cependant, cette vision des choses semble idéaliste, car l’école publique a aussi ses limites.

Malgré les efforts des instituteurs de la République, il reste une population illettrée. En 1900, 4% d’une classe d’âge ne sait ni lire ni écrire, ni compter. De plus, pendant cette laïcisation, les écoles privées se sont multipliées, ce qui semble paradoxal. C’était en effet un moyen pour l’Eglise de lutter contre cette « école sans Dieu » considérée comme un acte diabolique. Mais l’enseignement privé demeure à cette époque inférieur à l’école publique et a été ridiculisée dans de nombreux ouvrages notamment dans  Topaze  de Marcel Pagnol. On peut également reprocher à l’enseignement républicain d’être une forme d’endoctrinement : en effet, les instituteurs sont anticléricaux. Comme le souligne Marcel Pagnol dans  La gloire de mon père  : ces « anticléricaux avaient des âmes de missionnaires ». De plus, selon lui, « les cours d’histoire étaient élégamment truqués dans le sens de la République. En effet, les instituteurs de la République ridiculisaient Jeanne d’Arc et l’Eglise, glorifiaient la Révolution en évitant de renseigner les élèves sur les massacres perpétrés. L’école républicaine faisait preuve d’un patriotisme exacerbé, glorifiait les européens et clamait le bien fondé de la colonisation. Enfin, l’Alsace et la Lorraine perdues par la France étaient très présentes à l’esprit des jeunes élèves. L’idée d’une vengeance était à tout prix cultivée, montrant l’injustice et l’humiliation infligée aux français et rendant plus légitime l’entrée en guerre de la France dans la Grande Guerre.

La IIIème République a globalement atteint ses objectifs : ses lois sur la laïcisation des locaux, du personnel et des programmes ont considérablement contribué à maintenir durablement un régime républicain. L’accès à l’instruction était donné à toutes les catégories sociales, permettant ainsi une certaine ascension sociale. Toutefois, l’école publique a également ses limites : une minorité de la population demeure illettrée et on peut reprocher à la République des Opportunistes d’être une forme d’endoctrinement, ne laissant le choix aux élèves qu’à un seul idéal. La volonté de développer leur esprit critique n’est donc pas atteinte. Mais retenons surtout que grâce à cet enseignement, nous bénéficions aujourd’hui de l’exercice des grandes libertés affirmées à cette époque.

 

© 2016 Scipion Griffault